@ Corinne Salmon
Centrale électrique du fort
Les musées militaires dans les Ardennes
C'est dans cette vallée qu'a eu lieu la Percée de Sedan par la 2ePz.D en mai 1940. L'observatoire de la butte de Flize a toujours été un point d'observation stratégique depuis le Moyen-Age. Il surplombe nombre de petites casemates disposées le long de la route
La "Maison de la dernière cartouche". Un petit musée exposant divers documents, uniformes, armes ...
est installé dans ses murs
La tourelle d'armes mixtes arrachée à son berceau par les charges explosives des pionniers allemands
Accès à la carte des Ardennes
SOMMAIRE
De par leur situation géographique, les Ardennes ont toujours été à l'avant scène des principaux conflits ayant secoués l'Europe ces deux derniers siècles. De la défaite de la France Impériale à Sedan en 1870 à la percée allemande en mai 1940, en passant par les combats de 1914-1918, le département possède de nombreux lieux de mémoire et une riche collection militaire.

La première guerre mondiale a été une dure épreuve pour la France qui en est sortie très affaiblie humainement et matériellement. Dès 1929, nos dirigeants ont le souci de mettre le pays à l'abri d'une nouvelle invasion allemande. Sur la frontière du Nord-Est, à protéger en priorité, deux puissantes régions fortifiées sont édifiées : celle de Metz, entre Longuyon et Faulquemont et celle de la Lauter et des basses-Vosges. Quant au département des Ardennes, le Haut Commandement Français ne considère pas sa fortification comme prioritaire étant donné le solide obstacle naturel que représente son massif "impénétrable" !

Les maisons fortes jouaient le rôle de "sonnette d'alarme". Elles assuraient la sécurité de la position fortifiée, contrôlaient les frontières et possédaient un système de guet et d'alerte de la ligne principale de résistance en cas d'infiltration ennemie.

L'organisation défensive des frontières est assurée par ce que l'on appellera "la Ligne Maginot". On y distingue trois types d'ouvrages, à savoir les ouvrages mixtes associant matériel d'artillerie et armement d'infanterie ; les ouvrages d'infanterie aussi appelés "petits ouvrages", ne possédant qu'un armement d'infanterie et les casemates CORF, dotées d'un armement d'infanterie et placées entre les gros ouvrages.
Un "front Maginot" comprend plusieurs lignes de défense successives :
- la ligne des avant-postes située en avant des ouvrages, à proximité de la frontière, dont la mission est de donner l'alerte.
- la ligne principale de résistance, la Ligne Maginot proprement dite, constituée par la chaîne des gros ouvrages CORF. Des petits ouvrages d'infanterie et des casemates s'intercalent entre eux.
- la ligne d'arrêt composée de casemates et de blockaus.
Dans les Ardennes, un seul ouvrage de la Ligne Maginot sera édifié, appuyé par des maisons fortes le long de la frontière belge et des blockaus situés sur les principales voies de communication.

La Maison Forte : Ouvrage exclusivement ardennais
Durant la guerre de 1870, une soixantaine de soldats français repliés dans cette auberge de Bazeilles, près de Sedan, la "Maison Bourgerie", ne se rendirent qu'après avoir épuisé toutes leurs munitions. C'est le fameux épisode de la "Maison de la dernière cartouche", où durant près de 5 heures, cette nuit du 1er septembre 1870, les marsoins repoussèrent les assauts d'un régiment de Bavarois. Cet épisode est resté le plus grand symbole de la guerre de 1870. C'est en mémoire de cet évènement et de l'héroïsme des marsoins de l'époque qu'à été fixé au 1er septembre la date de la fête de toutes les troupes de marine de France.
Une maison forte était un blockaus déguisé en banale maison à étage pour lui donner un aspect inoffensif, construite le long de la frontière, sur les axes de communication. Constructions spécifiquement ardennaises, elles furent édifiées à partir de 1938. On en comptait 22 dans le département, implantées aux points de passage obligés.
Très endommagée, la Maison Forte de Saint-Menges
La Maison Forte de Gespunsart
Le "Front Maginot" dans les Ardennes
Maison Forte du Beau Terme à Pouru-aux-Bois. C'est dans cette maison forte qu'a été tourné le film "Un balcon en Forêt" d'après le roman de Julien Dracq
Toutes les maisons fortes sont construites selon un plan type : 7,20m x 5,50m au sol sur 7,20m de hauteur. Le rez-de-chaussé ressemblant à un soubassement est en fait une salle de combat, protégée par des murs en béton armé de 0,50 à 1 mètre d'épaisseur, avec ouvertures de tir. Le premier étage est composé d'un petit appartement servant à loger 6 combattants. On y trouve une chambre de 5m x 3m, un réfectoire de 3,60m x 2,50m, une cuisine de 2,35m x 1,65m, des WC et un vestibule d'entrée. En cas d'alerte, les soldats ferment les volets de fer, les portes blindées et descendent dans la salle de combat par le biais d'une trappe située dans la chambre. En cas de péril imminent, un étroit tunnel donne la possibilité aux défenseurs d'évacuer. Des mines, des chicanes, des barbelés, des fossés antichars et des tranchées protègent les alentours immédiats de la maison.
Casemates et ouvrages de campagne
On trouve dans la région quantité de casemates et ouvrages défensifs divers. On en compte pas moins de 62 dans la région de Sedan, soit 10 % de la totalité des ouvrages ardennais.
Cette fortification de campagne se présente sous la forme de petits blocs de béton peu solides mais bien camouflés. Flanqués de fossés antichars et de réseaux de barbelés, ils étaient équipés d'une ou deux armes. Les chantiers sont conduits en 1935 et 1936.
Casemates entre Sedan et Flize. Ce sont ces petits ouvrages, insuffisamment ar-més, qui subiront l'assaut ennemi lors de la percée de Sedan en mai 1940
Casemate dans la région de Charleville-Mézières
Idéalement situées le long des principales voies de communication, ces casemates avaient pour rôle d'en assurer la sécurité. Malgré un équipement d'artillerie souvent insuffisant, la résistance de ces blockaus a souvent été héroïque. Edifiées en bord de Meuse, les casemates entre Sedan et Flize avaient pour but de rendre infranchissable le fleuve. Elles subiront la percée de Sedan en mai 40 et essuieront de lourdes pertes malgré une résistance acharnée.
Le Fort de Villy-la-Ferté : un bout de la Ligne Maginot
Casemate dans la région de Mouzon
L'ouvrage de la Ferté se compose de deux blocs distants de 300 mètres. Il s'agit de deux casemates d'infanterie conçues pour être autonome et reliées entre elles par une galerie souterraine.
Construit entre les villages de Villly et de la Ferté, sur une colline surplombant la large vallée de la Chiers, l'ouvrage de Villy-la-Ferté constitue le dernier maillon vers l'ouest de la Tête de Pont de Montmédy et le seul situé dans le département des Ardennes.
Monument en hommage aux victimes du Fort de Villly-la-Ferté
Fort de Villy : le bloc 2
Cloche d'observation
Butte de Villy-la-Ferté avec un large panorama sur la vallée de la Chiers
L'armement principal de l'ouvrage se compose d'un canon anti-chars de 47 et de 2 jumelages de mitrailleuses sous casemate ainsi que de 5 armes mixtes. A cela ajoutons 3 fusils mitrailleurs sous cloche et 5 autres sous béton destinés à la défense rapprochée.

L'ouvrage de Villy-la-Ferté fut le théâtre d'une horrible tragédie au cours de la nuit du 18 au 19 mai 1940. Les Allemands viennent de passer la Meuse à Sedan et ces derniers tentent d'élargir la brèche ... mais le fort de Villy-la-Ferté se trouve sur leur chemin. De plus, les Allemands souhaitaient détruire le mythe de "l'invincibilité de la ligne Maginot".
Une puissante artillerie fut rassemblée pour l'assaut mais c'est une petite troupe de pionniers qui neutralise les blockhaus en jetant à l'intérieur de la tourelle d'armes mixtes des charges explosives et des pots de fumigènes. Les explosions, le feu et la fumée vont obliger l'équipage à se réfugier dans la galerie souterraine (à droite). L'air y devient rapidement irrespirable à cause des incendies qui dégagent de l'oxyde de carbone. L'évacuation de l'ouvrage étant refusée, les 107 hommes d'équipage mourront asphyxiés dans la galerie.

Un bloc d'ouvrage "Maginot" comprend en général deux étages. L'étage supérieur comporte essentiellement les locaux d'armes et l'étage inférieur, en dessous du niveau du sol, regroupe les chambrées et les locaux de servitude (cuisines, infirmerie ...). Il est doté d'un système de ventilation, de magasins à munitions et de réservoirs d'eau.
Escalier reliant l'étage supérieur à l'étage inférieur dans le bloc1. L'étage inférieur est une galerie souterraine se trouvant à 37 mètres sous terre
Bloc 1 de Villy-la-Ferté.
Devant l'entrée, un fossé bétonné de 2 à 3 mètres de profondeur et large de 2 mètres a été creusé. Le rôle de ce fossé était d'empêcher l'approche ennemie mais aussi d'éviter de recevoir la terre soulevée par les explosions d'obus qui risquait d'obstruer les créneaux
Les locaux souterrains comprennent un certain nombre de locaux, dont le magasin principal à munitions, une chambre de neutralisation des gaz ou salle des filtres, une centrale électrique ... car dans un ouvrage Maginot, tout fonctionne à l'électricité (éclairage, tourelles, ventilation, chauffage, pompes, cuisines ...).
Filtres destinés à purifier l'air de l'ouvrage
Cuisine électrique de la caserne souterraine avec magasin à vivres, se situant au fond de la pièce. Les hommes de troupe ne mangeaient pas dans des réfectoires mais sur des tables rabattables installées dans la galerie

Chambre de soldats (ci-contre). En général, elle permet de loger environ une trentaine d'hommes. Chaque homme ne possède pas personnellement de lit : le couchage n'est prévu que pour les deux tiers de l'effectif, le tiers restant étant obligatoirement de service. A côté des chambres se trouvaient les sanitaires (1 lavabo pour 12, 1 WC pour 40 !)
Les officiers couchaient dans des chambres de deux personnes et le commandant d'ouvrage dans une chambre individuelle (photo de gauche)

La cloche du bloc 2 dans laquelle sont morts 3 soldats, victimes d'un coup direct dans une embrasure. On distingue nettement les impacts d'obus
Surmontant les blocs, les cloches cuirassées permettaient le tir et l'observation. Elles étaient particulièrement exposées. Les tourelles étaient les pièces maîtresses de l'armement permettant un tir multidirec-tionnel très efficace grâce à leur mouvement de rotation.
Le fort est ouvert au public toute l'année
(se renseigner pour les jours et horaires d'ouverture)
Les lieux de mémoire dans les Ardennes
C'est dans cette bâtisse du Fresnois, près de Sedan, que fut signée le 2 septembre 1871 la capitulation de Sedan entre le Commandant en Chef des Armées Allemandes et le Général Commandant en chef de l'Armée Française, munis des pleins pouvoirs du Roi Guillaume et de l'Empereur Napoléon
En Mai 1940, le village de Stonne et ses environs furent victimes de combats acharnés. Cela s'explique par la position stratégique du village, idéalement situé pour contrarier les forces allemandes, qui venaient de traverser la Meuse à Sedan et qui se dirigeaient vers l'ouest, en direction de Dunkerque. C'est pour éviter d'affronter les forces françaises que les Allemands reçoivent l'ordre d'occuper le bois du Mont Dieu et la région de Stonne.

Les forces françaises décident de contre-attaquer dès le 14 mai avec les 3e D.I.M. et la 3e D.C.R. Mais diverses contraintes annuleront cette contre-offensive et empêcheront le soutien des blindés. C'est donc avec une résistance acharnée et une artillerie limitée que les fantassins résisteront aux blindés allemands durant une douzaine de jours, se battant parfois au corps à corps. Stonne fut pris et repris 7 fois. Plus de 1 000 soldats furent tués ici et 2 000 blessés. Les pertes allemandes furent trois à quatre fois plus importantes.

Le village de Stonne a été totalement rasé en mai 40. En mémoire de ses victimes, il fut reconstruit.
Même l'église d'origine a disparue
Monument érigé en mémoire des victimes de Stonne
Butte de Stonne : Site commémoratif de la bataille. Ce "pain de sucre" naturel fut un point névralgique
à toutes les époques
Un mémorial avec table d'orientation et un char BI bis (à droite), la butte de Stonne est le point de départ d'un circuit historique balisé de 50 kilomètres qui permet au visiteur de découvrir et de parcourir ces hauts lieux de mémoire.

Le 16 au matin, les Spahis reçoivent l'ordre de tenir leur position, sans recul, afin de faire face aux hommes de Guderian qui s'élancent vers l'Ouest et la mer. La résistance va être acharnée à tel point que les Allemands vont devoir demander du renfort afin d'attaquer à revers les positions.
Malgré une résistance héroïque qui va durer 12 heures, sans soutien d'artillerie (ils ne possèdent que 3 pièces antichars), attaqués en même temps de face et à revers, les pauvres spahis sont anéhantis par l'armée allemande qui reprendra alors sa progression. 610 d'entre eux se sont sacrifiés pour la défense de la France.

Barbelés anti-chars dans les prairies aux abords du fort de Villy-la-Ferté

La 3e Brigade de Spahis était composée du 2e Régiment de Spahis Marocains et du 2e Régiment de Spahis Algériens, soit 38 Officiers et 1 223 hommes. Cette unité de cavalerie était stationnée dans les Ardennes depuis novembre 1939. A maintes reprises, ils vont tenter de faire front à l'invasion allemande, mais se trouvent rapidement opposés à des forces blindées en surnombre et surtout à une puissante aviation ennemie. Ils devront plusieurs fois battre en retraite avant de prendre position autour du village de la Horgne le 15 mai. Toutes les routes d'accès sont condamnées par des barricades et l'avancée rapide des blindés est donc impossible.
Le Musée des Spahis retrace leur incroyable sacrifice. Le musée rassemble des toiles, des dessins et nombres d'objets trouvés à la Horgne
Cliquez sur la photo pour découvrir les évènements de mai 1940
Musée Mai-Juin 1940 de Margut
Musée des Spahis de La Horgne
Le petit musée de Margut, à quelques kilomètres du fort de Villy-la-Ferté, expose une très riche collection d'uniformes, armements, munitions, équipements du soldat et de nombreux objets évoquant la vie de ces hommes pendant les combats dans les Ardennes.
Courriers et divers objets ayant appartenus à des soldats
Vue d'ensemble du musée

Outre des objets usuels, le musée expose également des casques, des uniformes et des armes

objets retrouvés dans le fort de Villy-la-Ferté après l'attaque allemande
Musée départemental "GUERRE et PAIX" en Ardennes de Novion-Porcien
Inauguré en 2003, le Musée Départemental "Guerre et Paix" en Ardennes (photo de gauche) est le plus important musée militaire du département. Il évoque, grâce à une riche collection, les trois derniers conflits qui ont marqué les Ardennes. Sur près de 4 500m2 et sur deux étages sont exposés des véhicules, des uniformes, des armes et objets divers.
A l'étage, sur une large mezzanine, plus de trente vitrines présentent l'évolution de l'armement et de l'équipement militaire de 1850 à 1945.
Exposition d'armes au premier étage
Exposition de véhicules vue du 1er étage (photo Musée Guerre et Paix)
Une impressionnante collection de véhicules
Le rez-de-chaussée met en scène des épisodes très réalistes des trois dernières guerres : charge des fantassins Prussiens en 1870, évoca-tion du célèbre épisode de la "Mai-son de la Dernière Cartouche", les tranchées de la guerre de 14-18, la drôle de guerre, la percée de Sedan en mai 40, la débâcle, l'occupation, la résistance et ... le débarquement en Normandie ainsi que la libération de la France par les alliés.
Evocation de l'épisode de la "Maison de la Dernière Cartouche" à Bazeilles
Reconstitution d'une tranchée de Verdun en 1917
Evocation de la percée de Sedan et de l'occupation (photos Musée Guerre et Paix)
Chaque thème bénéficie d'un film vidéo et de commentaires précis en plusieurs langues par audiophone. Des expositions temporaires sont régulièrement proposées au public. Le Musée est également équipé d'un auditorium pour l'organisation de conférences, d'un espace boutique et détente.
D'autres petits musées jalonnent notre département. Notons par exemple le Musée de la Bataille de Mai-Juin 40 à Semuy, le Musée de la Libération à Sault les Rethel, le Musée privé des guerres de 14-18 et 40-45 de Brienne sur Aisne ... à vous de les découvrir ...